Ce que pense Marcel... de la dette et du déficit français

               En novembre dernier l’annonce du projet de loi de finance 2008 a fait grincer des dents à Bruxelles. Le déficit budgétaire français pour 2007 serait de 38,3 milliards d’euros. La commission européenne aurait pu se réjouir de ce chiffre un peu inférieur à celui de 41,9 milliards initialement prévu. Mais ce n’est pas le cas. Pourquoi, malgré des efforts français depuis 2005, Bruxelles exprime plus que jamais son mécontentement?   

       La faute est vraisemblablement imputable à la dette publique qui représente encore 64,2% du PIB à la fin de l’année 2007. Si ce chiffre n’est pas en augmentation, il n’est pas non plus sur la pente descendante et reste 4% au dessus de celui requis par le pacte de stabilité. Après une année 2006 qui avait vu le poids de la dette par rapport à celui du PIB diminuer de 66,7% à 64,2%, son niveau actuel, l’année 2007 sera celle de la stagnation. Le président de l’Eurogroupe réunissant les ministres européens des finances, Jean-Claude Junker, tire la sonnette d’alarme. Avec un déficit budgétaire oscillant autour des 2,5% du PIB, la France respecte pourtant bien l’un des 2 principaux critères du pacte de stabilité à savoir avoir un déficit public inférieur à 3% du PIB. Même le taux d’endettement public qui avoisine les 64,2% du PIB semble, depuis 2005, s’acheminer vers le taux préconisé par l’Union soit 60% du PIB. En fait les partenaires européens de la France et Mr Juncker craignent plus les perspectives françaises pour 2008 que ces récents chiffres de conjoncture. Des craintes qui trouvent leur origine suite aux dernières mesures du président français.
 

 

 

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Un pari risqué

               Alors que Mr De Villepin tablait sur un retour à l’équilibre de la dette publique en 2010, Mr Sarkozy lui admet que la France n’arrivera à achever cet objectif qu’en 2012. Pire encore le gouvernement compte, dans ce calcul, sur une croissance moyenne de 3% par an sur cette période. Or les observateurs européens, au premier rang desquels la Commission Européenne, ne croient pas cela possible et révisent à la baisse le taux de croissance français (2,4% au lieu de 1,9% en 2007.) Pour ne rien arranger à cette situation, les coupes drastiques dans les ressources de l’Etat français inquiètent au plus au point les ministres des finances européens. Le « paquet fiscal » de l’actuel président français risque au contraire de faire croître le déficit et la dette publique de la France. Vu de Bruxelles c’est un grand pas en arrière.

 

Tout n’est ici qu’une question de terminologie. La France depuis longtemps désire que le pacte de stabilité de l’UE devienne le pacte de stabilité et de croissance. Ainsi elle a toujours émise le souhait de mettre le taux de croissance du PIB au même rang que le taux d’endettement de l’Etat ou que le déficit public. Cela illustre bien cette volonté française de s’affranchir de l’un ou l’autre des critères du pacte de stabilité afin de s’adapter à la conjoncture économique. Plus encore c’est un véritable pari que le gouvernement fait sur l’avenir. Si la croissance venait à ne pas être au rendez-vous, ce que prévoit Bruxelles, le paquet fiscal aurait comme seul effet d’accroitre le déficit public hexagonal. 
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La France mauvaise joueuse

 
Si ses voisins européens étaient habitués à ce type de conduite de la part de la France, ils ne cachent pas leur déception cette fois. La bonne conduite de la France face au déficit public et à la dette publique en 2006 avait laissé à penser que l’enfant terrible européen allait rentrer dans le rang. L’engagement pris par la France à Berlin en avril dernier confirmait cette impression. Mais les promesses de César n’engagent que César. Les engagements français d’avril dernier portent la signature de Jacques Chirac et entre temps celui qui n’était que le candidat Nicolas Sarkozy a souscrit d’autres engagements. Le bouclier fiscal, la réforme des droits de succession, le soutien aux emprunts immobiliers, et les exonérations de charges pour les heures supplémentaires, représentent des obstacles majeurs à la satisfaction des engagements de Paris envers l’Union Européenne. Reste que ces mesures sont des promesses de campagne que Nicolas Sarkozy entend bien tenir ce qui ne va pas arranger les relations Paris-Bruxelles.

 

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